ÉDITORIAL – Le pari politique de Brice Clotaire Oligui Nguema : refondation ou recentralisation du pouvoir ?
Il y a des dates qui marquent l’histoire politique d’un pays. Ce 5 juillet 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé officiellement son parti politique, l’Union Démocratique des
Il y a des dates qui marquent l’histoire politique d’un pays. Ce 5 juillet 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé officiellement son parti politique, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Derrière les drapeaux flambants neufs, les chants d’adhésion et les promesses d’unité nationale, se profile un projet d’envergure qui pourrait redessiner en profondeur les contours du système politique gabonais.
Ce nouveau parti n’est pas une surprise. Il est l’aboutissement logique d’une trajectoire entamée depuis la transition de 2023, marquée par une volonté affichée de rupture avec l’ancien ordre, tout en réorganisant les bases du pouvoir autour d’un pôle plus stable et mieux structuré. L’UDB se présente comme un large rassemblement, au-delà des clivages partisans, ouvert à la société civile, à la diaspora, aux anciens et nouveaux alliés. Une forme de synthèse politique censée répondre à l’appel du peuple pour une gouvernance plus représentative, plus inclusive, plus efficace.
Mais dans un pays où la méfiance envers les élites reste profonde, cette naissance politique suscite autant d’espoirs que de questions. Car derrière l’ambition de rassembler, se cache aussi celle de régner. Depuis plusieurs mois, le chef de l’État multiplie les réformes institutionnelles qui tendent à concentrer davantage de pouvoirs entre ses mains : s’exclame un observateur politique bien renseigné avec la révision constitutionnelle, la suppression du poste de Premier ministre, l’encadrement strict des partis politiques. Dans ce contexte, l’émergence de l’UDB ressemble moins à l’expression d’un pluralisme renouvelé qu’à l’installation d’un nouveau monopole du pouvoir.
La force de cette formation, c’est aussi sa faiblesse. En cherchant à rassembler tout le monde , anciens cadres du PDG, opposants modérés, syndicalistes reconvertis , l’UDB prend le risque de devenir un conglomérat hétéroclite, uni non par une vision commune, mais par une stratégie d’accès au pouvoir. Cela pourrait conduire à une dilution des convictions politiques, à une absence de débat réel et, in fine, à une paralysie décisionnelle. La démocratie ne se bâtit pas uniquement sur le consensus : elle vit du débat, de la confrontation d’idées, de la liberté d’expression et de l’alternance.
Plus encore, si ce nouveau parti devait servir de simple caisse de résonance au président, sans contre-pouvoirs internes ni mécanismes d’autocritique, il ne ferait que reproduire les travers du parti hégémonique d’hier, sous d’autres couleurs. Le risque réel, est de voir se reconstituer un système verrouillé, où la façade du changement masque une reconduction des logiques anciennes, au mépris des aspirations citoyennes.
Mais il est encore temps de démentir ces craintes. L’UDB pourrait, si elle en a la volonté, devenir le creuset d’une nouvelle culture politique au Gabon. Une culture fondée sur la responsabilité, l’éthique, la proximité avec les populations et la transparence dans la gestion publique. Pour cela, il faudra du courage : celui de faire vivre le débat interne, de laisser émerger des voix dissidentes, de garantir une véritable compétition électorale, et de ne pas confondre unité nationale et uniformité politique.
L’histoire est en marche. Le président Oligui Nguema, en créant ce parti, engage son nom et sa vision dans un processus qui le dépasse : celui de refonder durablement la vie politique gabonaise. À lui de montrer que ce projet ne vise pas à verrouiller le futur, mais à l’ouvrir. Car les bâtisseurs, s’ils veulent vraiment mériter leur nom, doivent accepter de construire avec , et parfois contre – eux-mêmes.
Wilfried BOUROBOU

