Deux structures, deux approches, mais surtout deux rythmes qui interrogent. Alors que l’État cherche à renforcer la production agricole et à réduire la dépendance du Gabon aux importations, les performances affichées sur le terrain mettent en lumière les limites du modèle public et les potentialités du secteur privé.
Dans cette course à la souveraineté alimentaire, AGROPAG devait incarner l’un des principaux leviers de la politique publique en matière de production locale. Pourtant, malgré les moyens mobilisés et les ambitions affichées, le projet peine encore à transformer les investissements en résultats suffisamment visibles pour répondre aux attentes du marché.
Le constat contraste avec la dynamique affichée par la société gabonaise de développement agricole (SOGADA) à Meyang, à environ 55 kilomètres de Libreville. Sur une superficie de 158 hectares, l’entreprise développe progressivement plusieurs filières de production.
Le site revendique aujourd’hui plus de 150 000 poules pondeuses, pour une production annoncée de 54 millions d’œufs par an. La filière porcine compte, quant à elle, environ 500 têtes, pour une production estimée à 22 tonnes de viande par an. Prochaine étape annoncée : la production de poulets de chair, avec un objectif de 3 millions de sujets par an.
La récente visite de l’ambassadeur d’Angola sur le site de Meyang a également offert une vitrine supplémentaire à cette dynamique industrielle. Au-delà de la portée diplomatique de cette visite, elle souligne surtout une réalité : une partie du secteur privé gabonais tente déjà de structurer une production à grande échelle.
Deux modèles, une même urgence
La différence entre AGROPAG et SOGADA ne réside donc pas uniquement dans les structures ou les capitaux mobilisés. Elle pose une question plus large : quel modèle est aujourd’hui le plus capable de transformer rapidement les ambitions nationales en capacités réelles de production ?
Le secteur public dispose de moyens considérables, mais il reste confronté à des procédures administratives, à des contraintes de gouvernance et à des délais d’exécution parfois incompatibles avec l’urgence alimentaire.
Le privé, à l’inverse, fonctionne sous une pression différente : investir, produire, vendre et rentabiliser. Cette logique peut favoriser des décisions plus rapides et une adaptation plus directe aux réalités du marché. Mais opposer systématiquement public et privé serait réducteur. La véritable question est celle de leur complémentarité.
L’État doit-il produire ou créer les conditions pour produire ?
Le défi de la souveraineté alimentaire ne pourra probablement pas être relevé par une seule structure. Il nécessite un écosystème dans lequel l’État crée les conditions permettant aux producteurs d’investir et de se développer : accès au foncier, énergie, infrastructures, financement, fiscalité adaptée, débouchés et politiques de commande publique favorisant la production locale.
L’expérience de Meyang montre, à ce titre, qu’il existe déjà des capacités privées susceptibles de contribuer à cet objectif. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de passer des annonces aux volumes, des projets aux productions et des investissements aux résultats mesurables.
Car au bout de la chaîne, l’indicateur le plus important reste simple : ce que le pays produit réellement pour nourrir sa population et réduire sa dépendance aux importations.
AGROPAG devra donc démontrer sa capacité à accélérer. SOGADA, de son côté, devra confirmer dans la durée les performances annoncées. Entre les deux, c’est surtout la souveraineté alimentaire du Gabon qui est en jeu.
MBUMB 6 / WB

