Et si la crise d’identité que traverse une partie de la jeunesse africaine trouvait aussi son origine dans la manière dont elle a été éduquée ? C’est l’une des interrogations soulevées par Papa Koumba Mboula, président de l’Association NGIENU, qui invite à porter un regard critique sur le modèle éducatif hérité de la colonisation.
Pour lui, l’école occidentale a incontestablement permis aux Africains d’accéder au savoir, aux sciences et aux diplômes. Mais cette réussite académique aurait aussi un revers : celui d’une formation parfois éloignée des réalités culturelles et historiques du continent.
« L’école occidentale nous a formés. Elle nous a instruits. Mais à quel prix ? », s’interroge Papa Koumba Mboula. Derrière cette formule, il ne s’agit pas de rejeter le savoir moderne, mais de questionner la place accordée aux savoirs endogènes dans la construction de l’individu.
Le président de NGIENU estime ainsi que le système éducatif produit des diplômés capables de maîtriser des théories et des connaissances, mais parfois insuffisamment armés pour comprendre leur propre histoire, leur culture et leur environnement. Une réflexion qu’il résume par une formule évocatrice : « Une tête sans racines ne porte pas de fruits. »

Papa Koumba Mboula établit également un parallèle entre les générations ayant construit les premières années des indépendances et celles d’aujourd’hui. Il rappelle que nombre d’aînés ne disposaient pas nécessairement de longues études universitaires, mais possédaient, selon lui, une forte conscience de leur identité, de leur histoire et de leur responsabilité sociale.
Cette comparaison pose une question essentielle : le progrès éducatif peut-il être considéré comme complet lorsqu’il ne s’accompagne pas d’un enracinement culturel ? La référence à la célèbre formule de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » , prend ici tout son sens. Le savoir, aussi important soit-il, ne serait véritablement libérateur que s’il contribue également à construire la conscience, la dignité et l’autonomie intellectuelle.
Dans cette perspective, la réappropriation culturelle apparaît moins comme un retour nostalgique au passé que comme une démarche de reconstruction. Il s’agit de redonner aux jeunes générations une connaissance de leur histoire, de leurs langues, de leurs traditions et de leurs références culturelles. C’est précisément l’ambition affichée par NGIENU CULTURE 2026, placé sous le thème : « La réappropriation de notre histoire et de notre identité culturelle ».
Pour Papa Koumba Mboula, cette démarche doit dépasser le cadre d’un simple festival. Elle pose les bases d’une réflexion plus large sur le type de citoyen que la société souhaite former. Car, au fond, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut abandonner l’école occidentale, mais plutôt de déterminer quelle école peut former des Africains capables de maîtriser le monde sans se perdre eux-mêmes.
Et c’est là tout le défi : construire une éducation qui donne des connaissances, mais aussi des racines ; qui forme des diplômés, mais également des citoyens conscients de leur histoire et de leur identité.
MBUMB 6 / WB