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Société

Conseil Municipal de Libreville / Le Rejet du Budget Primitif exercice 2026 : Absence de sincérité, de réalisme ou rôle non assumé?

Les conseillers municipaux, réunis en Conseil Municipal Ordinaire du 09 au 10 Avril 2026 en vue de l’adoption du Budget Primitif Exercice 2026, ont finalement rejeté le Budget proposé par

Conseil Municipal de Libreville /  Le Rejet du Budget Primitif exercice 2026 : Absence de sincérité, de réalisme ou rôle non assumé?
  • Publishedavril 11, 2026

Les conseillers municipaux, réunis en Conseil Municipal Ordinaire du 09 au 10 Avril 2026 en vue de l’adoption du Budget Primitif Exercice 2026, ont finalement rejeté le Budget proposé par le Bureau du Conseil Municipal dit-on pour “absence de sincérité et de réalisme”.Qu’est-ce qu’un budget non sincère et non réaliste ? Quel est le véritable rôle des Conseillers Municipaux ? Telles sont les questions que l’on est en droit de se poser dans cette affaire qui fait tant de tord à la Commune de Libreville.

Selon la littérature et les textes en matière de gestion budgétaire, un budget est considéré non sincère et irréaliste principalement au regard du principe de sincérité budgétaire (loi n°021/2014 du 30 janvier 2015 sur la Transparence et la Bonne Gouvernance). Ce principe impose que les prévisions de recettes et de dépenses soient faites de bonne foi, sans sous-estimation volontaire des charges ni surestimation des recettes. Autrement dit, que les chiffres présentés en recettes et en dépenses reflètent fidèlement la réalité financière, ou qu’ils ne soient pas “surjoués” pour donner une image plus favorable. Depuis des décennies, le budget de la Mairie de Libreville est élaboré et approuvé selon les principes et procédures budgétaires en vigueur en République Gabonaise.

Le Maire (Ordonnateur) fait les premiers arbitrages après les conférences dites budgétaires internes (Directions municipales, Etats spéciaux des Mairies d’arrondissement). Cette étape est consacrée à la prise en compte non seulement des dépenses dites obligatoires mais également à l’ajustement des autres dépenses en fonction du Plafond budgétaire préalablement fixé au cours du Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) entre la Mairie et ses Tutelles.

Avant la présentation en Conseil Municipal, le projet de budget primitif est présenté en séance dite “Première Lecture” au cours de laquelle prennent part tous les membres du Bureau du Conseil Municipal (Maire et Adjoints au Maire). Il s’agit de nouveau de prendre en compte les avis et observations de l’ensemble des membres du Bureau du Conseil Municipal. C’est quand cette étape est terminée que le Projet de Budget Primitif est transmis aux Conseillers Municipaux pour examen et adoption en Conseil Municipal. Peuvent être examinées et adoptées en même temps, toutes les Délibérations en rapport avec le Projet de Budget Primitif.

Dans un système de plafonnement budgétaire précédé d’un débat d’orientation budgétaire avec les Tutelles Techniques et Financières, sachant que le différentiel budgétaire entre les prévisions de 2025 et celles de 2026 a été évalué à environ 5 milliards, la question de sincérité et de réalisme dans la confection du budget oblige des arbitrages que seul le Conseil Municipal est en droit d’opérer in fine.

C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on parle de “Projet de Budget Primitif”. Selon les chiffres internes, la dette de la Mairie de Libreville est évaluée à près de 40 milliards. Dans cette dette, on note des impayés des retraités et des décédés ainsi que plusieurs commandements de payer du Tribunal et des mises en demeure de la CNSS, de la CNAMGS et des fournisseurs divers. On y retrouve encore des dettes des années 2000 non apurées. Ce seul poste à lui seul consomme l’entièreté du plafond budgétaire. En y ajoutant des dépenses obligatoires comme les dépenses des personnels et élus qui sont passées de 77% du Budget total révisé en 2025 à 74% du Projet de Budget total 2026 ( – 3%), la dotation budgétaire nécessaire pour couvrir ces deux postes budgétaires est deux fois environ le plafond budgétaire de l’exercice 2026.

Qu’en serait-il en conséquence des autres dépenses de fonctionnement et d’investissement si l’on devrait les prendre en compte suivant les besoins “réels” des Départements et des Arrondissements ? C’est bien à cette réalité financière que les différents Bureaux du Conseil Municipal font régulièrement face au moment d’élaborer les projets de budget primitif de la Mairie de Libreville. Ces derniers sont contraints de geler certaines dépenses pour en privilégier d’autres.

Il appert ainsi que tout relèvement de plafond budgétaire est déjà en réalité “consommé”.Selon les dires de certains conseillers municipaux convoqués les 09 et 10 avril 2026, l’un des postes incriminés, notamment le chapitre 62 Dépenses des personnels et élus locaux en son chapitre 624.21.01 Cabinet du Maire qui aurait présenté un écart d’environ +69%, passant ainsi de 1,8 milliards de F.CFA en 2025 à 3 milliards de F.CFA en 2026 n’aurait pas trouvé l’assentiment de ces derniers.

Or, sont imputés dans cette ligne, tous les traitements concernant les membres regroupés au sein du Cabinet du Maire. Seulement, la question que les Conseillers auraient dû poser aux techniciens consistait à savoir pourquoi une telle augmentation et comment faire pour y remédier ? Mais, plutôt que de statuer en Responsabilité, les conseillers ont fini par faire volte-face en éludant la vérité des chiffres. En effet, à force d’obliger le Maire à nommer dans son Cabinet des militants, amis et parents, le traitement des recommandés politico-sociaux aura fini par plomber la dotation budgétaire y relative. Sont les seuls parents du Maire qui s’y trouvent ? Pas très évident.

L’autre point de discorde aurait été la non prise en compte de la décentralisation du fait d’une dotation budgétaire additionnelle d’environ 5 milliards de F.CFA que le parti UDB, par son président de groupe au Conseil Municipal, soutenu par les Maires des arrondissements – ce qui est évident – aurait exigé la répartition à 10,09% du plafond budgétaire, soit en moyenne un montant de 512 millions de FCFA par arrondissement sans document signé de l’Exécutif du Parti.

À ce niveau, il convient de rappeler que la préparation du budget est appuyée de supports légaux et conformes aux principes budgétaires (annexes). Les demandes de l’UDB étaient-elles assorties d’un document officiel, signé et daté de son Secrétariat Général ou était-ce une exigence d’un groupe isolé de militants ? Toujours est-il que le Bureau du Conseil Municipal avait néanmoins donné suite à cette demande à hauteur d’au moins 300 millions de FCFA par Arrondissement dans son projet de budget primitif.

Mais, malheureusement, et encore une fois, aucun conseiller n’aura pris la peine d’examiner cette dotation ce 09 avril 2026. En tenant compte de ce qui précède, l’on ne saurait dire que le Projet de Budget Primitif exercice 2026 a manqué de sincérité comme décidé par les Conseillers Municipaux y compris les membres du Bureau du Conseil Municipal eux-mêmes. Chose curieuse. Pourtant, en tout état de cause, il est admis dans le cadre de la gestion budgétaire qu’une insincérité non substantielle ne suffit généralement pas à la censure. Surtout quand on sait que les Conseillers Municipaux avaient le loisir et la liberté, sur deux (2) jours d’apporter au Budget Primitif exercice 2026 tous les amendements nécessaires à ce qu’ils ont qualifié d’absence de sincérité et de manque de réalisme.

En réalité, les Conseillers Municipaux n’ont pas joué leur rôle qui est double à savoir : examiner le budget (analyser, corriger, conformer) et l’adopter (voter par oui et non le contraire).

Malheureusement, par ignorance pour certains, par surprise de la tournure du déroulé du Conseil Municipal pour d’autres, le Budget Primitif n’a été ni examiné au fond, ni adopté comme le prévoit la loi. En conséquence, c’est le Budget révisé de l’exercice 2025 qui devrait être exécuté en 2026 ; soit 25,6 milliards de F.CFA. Ce budget hors contexte 2026 (mise en place du Cabinet d’un 6ème Maire Adjoint par exemple) ne prend pas en compte plusieurs hypothèses.

Pire, il fait perdre à la Commune près de 5 milliards de F.CFA. Dans cette affaire, qui aurait été finalement perdant ? Les Hommes qui passent où les Institutions qui restent ? Vivement que les esprits se reconcentrent sur l’essentiel dans une quinzaine de jours afin de sauver ce qui peut l’être.

En définitive, il est clair que les raisons évoquées par le Conseil Municipal du 09 au 10 Avril 2026 ne sont pas évidentes. D’abord la procédure suivie par le Projet de Budget Primitif exercice 2026 a été en phase avec les règles d’adoption en vigueur. Ensuite, la note de présentation du projet budgétaire a été suffisamment explicative pour rassurer les membres du Conseil Municipal. Il est évident que le réalisme a bel et bien été au rendez-vous à travers la prise en compte du principe de sincérité budgétaire traduit dans le Projet de Budget Primitif par les inscriptions traduisant la vérité des chiffres, du respect du plafond budgétaire résultant du Débat d’Orientation Budgétaire préalable et des projets présentés telle que la digitalisation1, la rétrocession de bien immeuble dans le Patrimoine Municipal et l’actualisation de certaines conventions au profit de la Mairie pour soutenir la bonne exécution budgétaire.

Cependant, le rôle des conseillers municipaux à savoir examiner et adopter le budget primitif n’a pas été assumé. En tout état de cause, il y a nécessité non seulement de former les Conseillers Municipaux à leurs missions régaliennes mais également de laisser l’Exécutif Municipal assurer ses missions dans le cadre de la loi sur la décentralisation.

 

Pour POINT NOIR TV / MAN

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