Dans bien des administrations voire des organisations, une confusion persiste, silencieuse mais tenace : celle qui consiste à croire que la proximité avec le chef équivaut à une forme de pouvoir. Une illusion confortable pour certains, utile pour d’autres, mais profondément nuisible à l’équilibre collectif.
Être proche d’un responsable peut naître de la confiance, de l’ancienneté ou d’une relation personnelle. Cette proximité peut donner accès à des échanges privilégiés, à une meilleure compréhension des décisions, parfois même à une influence informelle. Mais elle ne constitue en aucun cas une délégation d’autorité. Elle ne confère ni mandat, ni légitimité à agir au nom du chef.
Et pourtant, il n’est pas rare de voir certains franchir cette limite. Forts de leur position supposée, ils s’expriment comme des relais officiels, prennent des initiatives qui dépassent leur rôle, et invoquent une proximité comme justification. Le chef devient alors une caution implicite, un alibi commode derrière lequel s’abritent des décisions qui n’ont jamais été validées.
Ce phénomène devient particulièrement problématique lorsqu’il sert à régler des comptes. Sous couvert d’une autorité empruntée, certains s’autorisent à recadrer, à exclure ou à influencer des situations en fonction d’intérêts personnels. Ce qui devrait relever d’un cadre clair et assumé bascule alors dans une zone grise, où le pouvoir se devine, s’interprète, et parfois s’invente.
Le danger réside précisément dans cette ambiguïté. Car contester celui qui affirme agir « au nom du chef » revient souvent à s’exposer, voire à prendre un risque. Le doute s’installe, les rapports se tendent, et l’autorité réelle se dilue dans des jeux d’influence informels.
Or, dans toute organisation saine, l’autorité ne se suppose pas, elle se définit. Elle repose sur des responsabilités explicites, des rôles identifiés, et une parole assumée. Le pouvoir ne se transmet pas par proximité, mais par décision claire. Confondre les deux, c’est ouvrir la voie à une forme de gouvernance parallèle, aussi inefficace qu’injuste.
Rappeler cette distinction n’est pas un détail. C’est au contraire une nécessité pour préserver la cohérence, la confiance et le respect des règles. Car au fond, être proche du chef n’a jamais fait de quelqu’un un chef. Et ceux qui l’oublient finissent toujours par affaiblir ce qu’ils prétendent défendre.
À méditer …
La Rédaction

